La recherche sur l’embryon

La recherche sur l’embryon

Cet été, dans l’indifférence quasi générale, une loi d’une très grande importance a été votée. En effet, malgré l’opposition de nombreux députés et associations, le texte autorisant la recherche sur l’embryon humain et les cellules souches a été adopté le 6 août 2013 à l’Assemblée Nationale[1]. Le Sénat avait déjà approuvé cette proposition en décembre 2012.

La loi a évolué ces dernières décennies. En effet, il faut remonter à 1994 pour voir les premières lois de bioéthiques en France[2]. Celles-ci posent le principe d’interdiction de la recherche sur l’embryon humain. Mais quelques années plus tard, la loi du 6 août 2004[3] autorise le don d’embryons congelés surnuméraires pour la recherche, avec l’assentiment des parents. Auparavant, les parents avaient seulement la possibilité de les transférer dans l’utérus maternel, de demander leur destruction ou de les donner à un autre couple. Plus récemment la loi évolue de nouveau et le 7 juillet 2011[4], elle maintient le principe d’interdiction de recherche sur l’embryon avec cependant l’élargissement des dérogations : sans limite de temps et dans un cadre plus large de recherche à visée « médicale », qui remplace la notion de « progrès thérapeutique majeur ». On peut donc observer qu’en vingt années, l’évolution de la situation a fait passer le statut de la recherche, d’interdiction à interdiction avec dérogations pour enfin aboutir à autorisation encadrée.

 

 

Mais qu’est-ce que la recherche sur l’embryon humain ? De quoi s’agit-il ? Sur quoi porte l’autorisation d’expérimentation ?

Pour bien comprendre, il faut revenir aux définitions :

Embryon est le résultat ou le fruit de la fécondation : fusion du gamète mâle (spermatozoïde) et du gamète femelle (ovule). La fusion donne l’œuf ou le zygote qui dès le stade de division suivante s’appelle embryon. Dès ce stade du développement, l’embryon possède déjà tout le potentiel pour devenir un être humain. Il est déjà génétiquement « paramétré » pour être un homme ou une femme. La vie[5] au sens que le dictionnaire donne, fait déjà parti, dès ce moment, de la nature de cette cellule complexe. On ne peut pas douter un instant que cet embryon ne constitue qu’un matériel, mais il est déjà quelqu’un en devenir. Une cellule dans laquelle il n’y a pas de vie est une cellule morte, elle ne peut pas se développer.

Comme le dit la Bible : Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient ; Et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui m’étaient destinés, avant qu’aucun d’eux n’existât.  Psaume 139 verset 16

Cela est tellement clair !

 

Cellule souche est une cellule spécialisée dans une fonction tissulaire précise. Par exemple, les cellules souches hématopoïétiques (sang) sont capables de donner toutes les lignées cellulaires sanguines. C’est-à-dire qu’en fonction des besoins de l’organisme, ces cellules souches donneront les globules rouges, les plaquettes et les nombreuses familles de globules blancs. La cellule souche s’oppose à la cellule différenciée qui elle a acquis une spécificité et de fait ne peut pas se « transformer ». En reprenant l’exemple du globule rouge, cette cellule a une fonction bien spécifique mais une fois son rôle mené à bien, elle meurt et une autre la remplace.

Une cellule souche peut être à l’origine de plusieurs types de cellules différenciées. Il y a deux sortes de cellules souches, celles qui sont embryonnaires (qui viennent de l’embryon) et les cellules souches adultes chez chacun, ce qui permet le renouvellement cellulaire (l’exemple que nous avons pris tout à l’heure avec les globules rouges qui ont une vie de 120 jours environ d’où le besoin constant de fabrication cellulaire dans la moelle osseuse).

 

Cellule souche embryonnaire est donc une cellule qui n’est pas différenciée, qui n’a pas de spécificité et qui est ainsi programmée pour donner les différentes cellules que peut comporter le corps humain. En effet, comment mesurer ce formidable mystère ? Deux cellules se multiplient et à un signal donné, certaines cellules vont devenir cellule cardiaque, ou muscle, ou encore os ou neurone… Parmi ces cellules souches embryonnaires on classe en cellule totipotente et pluripotente.

Totipotente : signifie que cette cellule est capable de former un organisme complet, par conséquent elle donne d’autres types de cellules souches qui vont se différencier pour donner un tissu ou un organe.

 Pluripotente : c’est la caractéristique d’une cellule souche qui est dans la possibilité de donner toutes les sortes de cellules et donc peut constituer n’importe quel organe. Cependant à la différence de la cellule totipotente, elle ne peut pas former un organisme entier.

 

Cellule souche adulte est présente chez tout un chacun, on peut la considérer comme une cellule précurseur des différentes lignées cellulaires. A la différence de la cellule souche embryonnaire, elle subit les agressions de la vie, de l’environnement et donc peut être porteuse de maladie. Il est donc facilement concevable que cet aspect est très important pour les chercheurs. Il faut aussi rajouter que ces cellules sont déjà plus « spécialisées ». Ces cellules souches adultes comprennent deux types, les multipotentes, capables de former plusieurs types de cellules différenciées et les unipotentes qui ne peuvent en produire qu’une seule.

La recherche sur l’embryon humain consiste à prendre les embryons déjà formés (dans le cadre d’une procréation médicalement assistée) et qui ne sont pas utilisés (lorsque par exemple, il n’y a plus de projet parental qui se rattache à ces embryons). Ces derniers sont appelés embryons surnuméraires (par définition : en trop). Le but étant de laisser se développer l’embryon en éprouvette et d’obtenir des cellules souches pluripotentes. Ces cellules seraient alors individualisées et on les « obligerait » à se différencier en une cellule particulière. Ainsi l’objectif serait de fabriquer in vitro un tissu ou un organe afin de permettre de remplacer un organe malade. Les promoteurs d’une telle recherche parlent d’une avancée dans les progrès scientifiques et médicaux et utilisent le terme de médecine régénérative.

 

Y a-t-il une alternative à la recherche sur l’embryon humain ?

Les Cellules souches pluripotentes induites (IPS) : en 2012, le prix Nobel de médecine est attribué à Shinya Yamanaka, un chercheur japonais qui a mis au point la technique des cellules IPS 6 ans plus tôt. IPS = Induced Pluripotent Stem Cells. Cette technique consiste à « reprogrammer génétiquement » n’importe quelle cellule adulte, pour la rendre pluripotente, c’est-à-dire, lui donner la capacité de se multiplier et de former un tissu ou un organe.

Cela semble simple sur le principe et pose moins de questionnement éthique. En effet, il suffit de faire une biopsie pour individualiser une cellule adulte (cellule de la peau, cellule hépatique,…). Le consentement peut être obtenu dans ce cas de figure.

Au début, les chercheurs utilisaient des vecteurs viraux (un virus était utilisé pour transmettre le matériel génétique) qui avaient l’inconvénient majeur de s’intégrer dans le génome de la cellule hôte et entraînaient un risque de mutation et d’expression prolongée de ces gènes. Ces défauts sont désormais corrigés grâce à l’utilisation de nouveaux vecteurs non intégratifs. Ces cellules ont donc des capacités très proches des cellules souches embryonnaires (cellule pluripotente).

Cependant cette découverte est récente, moins de dix ans, et tout n’est pas bien connu et maitrisé. Plusieurs questions font face aux chercheurs : la modification génétique est-elle stable ? N’y a-t-il pas de risque de mutation secondaire ? La reprogrammation est-elle complète ?

Quelle est la portée d’une telle découverte ?

Le chercheur peut désormais créée un organe malade (en prenant et en faisant proliférer des cellules adultes porteuses d’une maladie génétique par exemple). Cette modélisation (création artificielle d’un organe malade) permet alors de connaitre le mécanisme de la maladie, de trouver en quelque sorte son fonctionnement, mais ouvre aussi le champ de la thérapeutique avec des essais d’efficacité mais aussi de mesure de la toxicité, sans faire d’expérimentation sur le vivant.

 

En quoi la recherche sur l’embryon humain constitue-t-elle une dérive éthique ?

Nous pourrions nous demander quel est donc le problème de l’expérimentation sur l’embryon humain. N’y a-t-il pas dans ces techniques de grands progrès pour la science et un bénéfice important pour chacun ?

Certes en gardant une vision superficielle de la situation, on ne pourrait que se féliciter que des scientifiques tentent d’apporter un confort à chacun dans la vie quotidienne. Cependant, il nous faut analyser les choses en profondeur. Il nous faut être rigoureux et curieux de ce qui se projette.

Tout d’abord, il y a cet embryon. La véritable question est de savoir quel est son statut. Que prendre comme norme ? Comme valeur ? Comme référence ? L’embryon peut-il être considéré comme un objet que nous serions libres d’utiliser, de commercialiser… ?

L’embryon est un être humain en développement, bien qu’invisible à l’œil nu, il possède tout le potentiel pour devenir un être complet et complexe. La recherche sur l’embryon impose sa destruction.  Il n’est pas possible de faire une expérimentation et ensuite de laisser se développer l’embryon jusqu’à son terme. La recherche est synonyme de mort de l’embryon humain avec tout ce que cela implique. L’Homme peut-il contrôler sa propre vie, du commencement à sa fin ? Peut-il gérer la vie de son semblable comme bon lui semble ?

Une autre dérive vient de l’industrie pharmaceutique. Les brevets et les recherches sont couteuses en temps, énergie et financièrement. La possibilité de tenir de la « marchandise » à très faible coût (les couples ne désirant plus utiliser leurs embryons congelés les donnent pour la recherche) permet alors aux différents laboratoires pharmaceutiques de travailler à la recherche de nouvelles thérapeutiques. Il y a alors un risque majeur de marchandisation. Car un jour le « stock » d’embryons viendra à manquer et il faudra en produire encore et encore pour satisfaire la recherche. Quels seront les arguments pour inciter les couples à fournir le « matériel » nécessaire ?

L’autre risque consiste en des dérives eugéniques. En effet, certains travaux laissent penser que dans les prochaines décennies, les progrès sur le génome permettront d’augmenter la durée de la vie (quelques scientifiques abordent l’hypothèse de 200 ans), d’améliorer les capacités intellectuelles et les performances. Une expérimentation sur les souris a permis de montrer une différence significative d’espérance de vie à la faveur d’un gêne. De ces nouvelles « normes » découleront « tout naturellement » un nouvel idéal…

 

Ce que prévoit l’Union Européenne

Sur le plan européen, par l’intermédiaire de l’arrêt du 18 octobre 2011, la Cour de justice de l’Union européenne a exclu de la brevetabilité toute invention utilisant des lignées cellulaires dont la constitution a entraîné la destruction d’un embryon. Ce qui signifie que cette instance s’est positionnée « contre » la recherche sur l’embryon, du fait de la destruction des cellules. En réalité, la Cour laisse la liberté aux pays membres mais n’accordera pas de protection aux brevets. La cour affirme que «  Tout ovule humain doit, dès le stade de sa fécondation, être considéré comme un embryon humain dès lors que cette fécondation est de nature à déclencher le processus de développement d’un être humain ».

La Convention européenne sur les droits de l’homme et la biomédecine, dite Convention d’Oviedo, a été ratifiée par la France le 13 décembre 2011. Cette convention du Conseil de l’Europe, adoptée en 1997, définit un certain nombre de règles éthiques fondées sur le respect de la personne humaine, la non-commercialisation du corps humain et le consentement éclairé des patients. L’article 18 concerne spécifiquement la recherche sur les embryons in vitro, insistant sur la « protection adéquate » dont ils doivent bénéficier. Elle interdit d’utiliser les techniques d’assistance médicale à la procréation en vue de sélectionner le sexe de l’enfant à naître, ainsi que la constitution d’embryons humains aux fins de recherche. Elle stipule en outre que lorsque la recherche sur l’embryon est admise par la loi, celle-ci doit assurer une protection adéquate de l’embryon.

Le 22 octobre 2013, la résolution Estrela[6] a été rejetée par le Parlement Européen. Ce texte ne concernait pas directement la recherche sur l’embryon humain mais une opposition est née afin de préservée sa dignité (en particulier cette résolution faisait de l’avortement un droit fondamental).

D’autres actions sont en cours pour empêcher le financement d’un certain type de recherche qui serait favorable à l’utilisation de l’embryon humain. En effet, l’Union Européenne prévoit dans son plan HORIZON 2020 de débloquer une somme de près de 87 milliards d’euros à la recherche (au sens large : santé, industrie,…). Les enjeux sont spirituels mais aussi financiers.

 

 

En conclusion, la question de la recherche sur l’embryon pose beaucoup de questions. Il nous faut être attentif et curieux de ce qui se passe autour de nous. Chacun doit pouvoir réfléchir sur ce sujet et se déterminer. Quel statut accordons-nous à l’embryon ? Comment le considérons-nous ? La Bible est suffisamment claire à ce sujet. Mais il nous faut peut-être nous interroger sur ce que la science et la médecine proposent. Est-ce que nous pouvons tout accepter ?  Est-ce qu’il n’y a pas de piège en nous laissant guider par l’ « éthique humaine » ? L’éthique  n’est pas tout et ne répond pas à tout. Que ce soit donc par rapport à la recherche sur l’embryon, l’utilisation des cellules IPS, ou même la question de l’aide médicale à la procréation (AMP) (ex. FIV…), il nous faut être attentif. L’AMP a conduit à produire plus de 171000 embryons congelés et qui pour près de 40% n’ont plus de projet parental. Déjà des dizaines de protocoles de recherche sont en cours. Même la recherche sur les cellules IPS a pour objectif non dissimulé de faire de la médecine régénérative… Toutes ces situations tendent à montrer que la créature voudrait prendre la place du Créateur. L’histoire de la tour de Babel nous apporte une des réponses possibles de Dieu, lorsque l’orgueil de l’homme grandit au point de défier son Créateur.

Que pouvons-nous faire ? Laissons-nous guider par notre Dieu, dans ces questions aussi. Soyons peut-être plus vigilants, plus informés de ce qui se trame pour pouvoir lutter davantage dans la prière. Nous pouvons aussi suivre les associations qui dénoncent ces pratiques (un de nous, la fondation Lejeune, alliance Vita,…) pour être informés et transmettre à notre entourage.



[2] Loi n° 94-654 du 29 juillet 1994 relative au don et à l’utilisation des éléments et produits du corps humain, à l’assistance médicale à la procréation et au diagnostic prénatal

[3] Loi n° 2004-800 du 6 août 2004 relative à la bioéthique

[4] LOI n° 2011-814 du 7 juillet 2011 relative à la bioéthique

[5] Le dictionnaire LAROUSSE définit la vie comme la suite de phénomènes qui font évoluer l’œuf fécondé (zygote) vers l’âge adulte, la reproduction et la mort

[6] Rapport sur la sante et les droits sexuels et génésiques (2013/2040(INI)) Commission des droits de la femme et de l’égalité des genres Rapporteur: Edite Estrela