Quelques pensées sur la question de l’Euthanasie

Quelques pensées sur la question de l’Euthanasie

L’actualité nous rappelle que la menace de la légalisation de l’euthanasie est toujours aussi pressante. De manière générale, nous savons que la loi Léonetti sur la fin de vie est consensuelle et qu’elle donne une réponse à l’immense majorité des cas mais il y a 2 points litigieux :

–   le double effet où il est parfois difficile de placer le curseur entre d’une part le devoir de soulager efficacement la douleur et le risque de hâter la mort mais sans l’intention de la donner et d’autre part une volonté déguisée de donner la mort

–   l’alimentation artificielle considérée par la loi comme un traitement et par d’autres comme un soin de base qui devrait toujours être dû.

1) Concernant le 1er point, on pense bien entendu à l’affaire BONNEMAISON, cet urgentiste jugé récemment pour avoir euthanasié 7 patients. L’acquittement prononcé par les juges diverge singulièrement de la radiation à vie prononcée par l’Ordre des médecins. Le Dr BONNEMAISON est cependant en dehors du cadre légal puisqu’il n’a pas averti les familles et qu’il a agi seul sans le consentement explicite des patients. Il est par ailleurs en dehors des recommandations de bonne pratique médicale car il a utilisé du curare qui n’est jamais utilisé en soins palliatifs puisqu’il ne soulage aucunement la douleur mais provoque la mort par une paralysie des voies respiratoires. Or jusqu’à présent le code de la santé publique interdit aux médecins « de provoquer délibérément la mort ». Le rôle du médecin est « d’accompagner le mourant jusqu’à ses derniers moments et d’assurer, par des soins et des mesures appropriées, la qualité d’une vie qui prend fin ».

2) Concernant le 2eme point, on pense à l’affaire Vincent LAMBERT. Alors, l’arrêt de l’alimentation artificielle provoque-t-elle volontairement la mort du patient donc une euthanasie ? Il y a 2 situations bien distinctes selon que le patient est ou non en fin de vie. Cependant, la loi Léonetti ne traite pas différemment ces 2 situations.

–  Dans la majorité des cas où se pose la question de l’arrêt de l’alimentation, la personne est en fin de vie, en phase terminale d’un cancer ou d’une maladie d’Alzheimer par exemple. On sait alors que le patient ne profite plus de l’alimentation artificielle et que ce n’est pas l’arrêt de celle-ci qui va le faire mourir mais la maladie. Nourrir artificiellement le patient par des sondes naso-gastriques ou des perfusions serait lui rajouter des souffrances inutiles donc de « l’acharnement thérapeutique »

–  Dans d’autres cas beaucoup plus rares, chez un malade qui n’est pas en fin de vie mais qui ne peut plus s’alimenter par lui-même, l’arrêt de l’alimentation artificielle aura effectivement pour conséquence de le faire mourir. Dans une telle situation, lorsque le malade ne peut plus exprimer sa volonté, comme cela « semble » être le cas pour Vincent LAMBERT, on recherche alors ses directives anticipées puis en l’absence de celles-ci la personne de confiance à qui le patient aura confié ses volontés et à défaut la famille et les proches. Les soignants se réunissent alors après avoir interrogé les uns et les autres et collecté des renseignements cliniques sur l’état du patient et prennent une décision en tenant compte de la volonté qu’il a pu exprimer. En cas de décision d’arrêt de l’alimentation artificielle, le malade continue de bénéficier de soins de confort, dont la sédation, pour s’assurer de ne pas le laisser souffrir des conséquences de la dénutrition.

Apparemment, Vincent LAMBERT n’a pas écrit de directives anticipées ni désigné de personne de confiance d’où le déchirement de sa famille et l’intervention des juges, des experts et du Conseil d’Etat. On ne pourrait donc que conseiller à chacun d’écrire ses directives anticipées et de désigner une personne de confiance à moins de ne pas douter de l’unité de sa famille dans pareil cas et de ne pas craindre de lui faire porter le fardeau de la décision qui sera prise.

Le pouvoir en place a donc confié à  Mr Léonetti pour l’UMP et Mr Claeys pour le PS une nouvelle mission parlementaire pour aménager ou faire évoluer la loi de façon consensuelle. Les conclusions sont attendues pour le 1er décembre 2014.

A valoir pour qui de droit